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HISTOIRE DU THEATRE ANGLAIS DE LA RENAISSANCE AUX LUMIERES
Renaissance > Th������orie et pratique dramatiques
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5.4. Le statut du texte écrit



5.4.1 Deux types de publication


Il existe à l’époque deux types de publication : in-quarto et in-folio. La désignation dépend du format de l'ouvrage. Pour une publication in-folio, la feuille de papier est pliée une seule fois, ce qui donne deux feuillets et donc quatre pages ; pour une publication in-quarto, la feuille de papier est pliée deux fois, ce qui donne quatre feuillets et huit pages. Les folios, d'un format plus grand que les quartos, sont par conséquent plus luxueux.


En outre, l’in-quarto concerne uniquement la publication de pièces individuelles, tandis que l’in-folio est réservé à la publication des œuvres complètes d'un auteur. De ce fait, la publication in-folio est plus fiable que celle in-quarto. Dans le cas du Dr Faustus de Marlowe, par exemple, il existe un bon quarto (1604) et un mauvais quarto (1616). La pièce ne fut jamais publiée in-folio.



5.4.2 De la scène au texte


À l'époque, une pièce est d'abord jouée, puis publiée. La publication peut intervenir immédiatement après la représentation, comme bien plus tard. La comédie As You Like It / Comme il vous plaira de Shakespeare fut jouée en 1599, mais publiée en 1623 seulement, dans le folio contenant toutes les œuvres dramatiques de Shakespeare (ou presque). Elle ne fut jamais publiée en quarto.


De fait, une fois publiée, une pièce appartient au domaine public. N'importe quelle troupe peut donc la jouer. Tant qu'elle n'est pas publiée au contraire, elle reste la propriété de la troupe qui l'a représentée. Ainsi, parce qu’il existe une très grande concurrence entre les troupes, plus une pièce a de succès, moins elle a de chances d'être publiée !



5.4.3 La question de la fiabilité


Ce n’est pas parce qu’un texte est publié qu’il est fiable pour autant.


La publication se base en principe soit sur le manuscrit de l'auteur, soit sur le livre du souffleur (prompter’s book »). Seuls le dramaturge et le souffleur disposent du texte complet de la pièce, les acteurs ne possédant que leur rôle, leurs propres répliques avec la fin de la réplique précédente et le début de la réplique suivante afin de pouvoir se repérer. Les acteurs découvrent donc l'intégralité de la pièce au cours des répétitions. Le livre du souffleur se présente comme un grand cahier dans lequel le souffleur consigne tout ce qui concerne la représentation. Le rôle du souffleur ne se réduit nullement à souffler leurs répliques aux comédiens à la mémoire défectueuse, loin s'en faut. Il s’apparente plutôt à la fonction de régisseur. Il orchestre ainsi les entrées et les sorties des acteurs, les interventions d'éventuels musiciens et danseurs. Il donne ses ordres à l'aide de clochettes, chacune ayant un son différent, codifié. Le livre du souffleur ne contient donc pas seulement le texte de la pièce mais les indications scéniques, à l’instar d’un cahier de régie : informations concernant les entrées et les sorties, les décors, les costumes, les accessoires, etc. Le souffleur est d’une certaine manière la mémoire vivante du destin d'une pièce. Lorsque la publication s'appuie sur le cahier du souffleur, elle ne publie pas seulement le travail du dramaturge, mais le produit d'un travail collectif entre acteurs, souffleur et dramaturge.


Les éditeurs commettent souvent des erreurs, ou vont jusqu'à amender le texte de leur propre chef, censurant des passages sujets à controverse ou ajoutant au contraire des passages. C'est le cas du deuxième quarto du Dr Faustus de Marlowe publié en 1616. Diapo. Certains passages sont supprimés ou modifiés, probablement pour respecter la loi de 1606 interdisant les blasphèmes ; de nombreux autres sont ajoutés pour étoffer l'intrigue farcesque et accentuer la dimension divertissante.


En outre, les publications officielles entrent en concurrence avec des publications clandestines, non fiables. Il arrive parfois qu’un acteur peu scrupuleux à court d'argent vende le texte de la pièce. Un tel procédé est source de nombreuses erreurs car l'acteur ne possède que son rôle et doit se remémorer les autres. Parfois encore, c’est un spectateur désargenté qui profite d'une ou plusieurs représentation(s) pour noter la plus grande quantité de dialogues possible et la vendre à un éditeur peu scrupuleux.




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