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HISTOIRE DU THEATRE ANGLAIS DE LA RENAISSANCE AUX LUMIERES
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2. Contexte socio-historique : Le « Licensing Act » de 1737



Le "Licensing Act" de 1737


Cette loi réglemente le contrôle des lieux de représentation et la censure des textes dramatiques.

La censure des textes dramatiques remonte à l'époque de la Renaissance, où la fonction de censeur est remplie par le Master of the Revels (Maître des Menus Plaisirs) et son comité : le Lord Mayor de Londres et l'Évêque de Canterbury. Le monopole des lieux de représentation, quant à lui, date de la Restauration en 1660. Deux théâtres se voient officiellement patentés : Drury Lane, le Théâtre Royal, et Dorset Garden, le Théâtre du Duc.


Qu'y a-t-il de nouveau en 1737 ?


À la fin du XVIIe siècle, la censure était devenue très permissive, n’exerçant pas de contrainte réelle sur les dramaturges (d'où les accusations fréquentes contre les comédies de la Restauration, jugées indécentes et immorales). En 1695, le "Licensing Act" ne fut pas renouvelé. De nouveaux théâtres ouvrirent, marquant la fin du monopole. Les textes dramatiques reflètent quant à eux les tensions politiques grandissantes, notamment entre les deux partis politiques qui se constituent progressivement après la Glorieuse Révolution de 1688, le parti Tory et le parti Whig. De plus en plus satirique, s'en prenant directement au gouvernement, le théâtre devient un instrument de propagande politique. Henry Fielding, en particulier, s’avère un dramaturge satirique actif. Ses pièces véhiculent des attaques féroces contre le gouvernement et en particulier contre le Premier Ministre Sir Robert Walpole (le premier à assurer la fonction de 1er ministre en Angleterre, il est au pouvoir entre 1721 et 1742). C'est le "Licensing Act" de 1737 qui contraint Fielding à se tourner vers le roman, genre littéraire pour lequel il est davantage connu.

En 1737, Walpole, excédé d'être pris pour cible, fait voter le "Licensing Act". Il réétablit le monopole des théâtres et des troupes d'acteurs. Les lieux de représentation officiels sont désormais Drury Lane et Covent Garden (un théâtre bâti par Christopher Rich qui ouvre en 1732). Il faudra attendre le "Theatre Regulation Act" de 1843 pour que ce monopole soit définitivement aboli. Dans ce domaine toutefois, le contournement de la loi est assez fréquent à Londres. Des théâtres non patentés proposent ainsi des spectacles sous l'appellation vague de "divertissements publics" (concerts, pantomimes,...). Les théâtres patentés produisent des "pièces", tandis que les théâtres non patentés produisent des spectacles non classifiés comme "pièces" : opérettes, farces qui incorporent de la musique. Le "Licensing Act" aboutit en réalité à diviser le théâtre anglais en "théâtre légitime" et "théâtre illégitime" (expressions forgées par J. R. Planché qui créa un sketch mettant en scène Mère Théâtre et ses deux fils, Théâtre Légitime et Théâtre Illégitime – Mother Drama; Legitimate Drama; Illegitimate Drama).

Le « Master of the Revels » se voit dépouillé de son pouvoir de censeur. Une nouvelle fonction est créée : le "Licenser of the Stage" ("Censeur de la Scène"), attribuée au Lord Chamberlain (Grand Chambellan, membre du Conseil Privé du monarque). Sa mission consiste à autoriser la publication et la représentation de pièces et de censurer "chaque fois qu'il le jugera bon" (« as often as he shall think fit »). Il est omnipotent. Il faudra attendre 1968 pour que la censure soit abolie. Le "Licenser of the Stage" ou Grand Chambellan s'en prendra à Oscar Wilde à la fin du XIXe, à George Bernard Shaw au début du XXe.




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